Kushiel : La Marque, Jacqueline CAREY.

S’il y a une chose que je redoute le plus, c’est qu’on m’offre un livre de fantasy (souvent choisi à cause de la quatrième de couverture ou de l’illustration par des proches n’ayant pas lu le livre), à cause des innombrables “merdes” et médiocrités que l’on recouvre sous cette appellation aux vertus philosophales. C’est pourquoi, lorsque j’ai eu le 1er tome de la trilogie de Jacqueline Carey (auteur américaine) entre les mains, j’étais loin d’être enchantée…

Mais, combien de fois faudra t-il le répéter, on ne juge pas un livre à sa couverture ou plutôt ici à son illustration. “C’est pourquoy fault ouvrir le livre…

Avant d’ouvrir le livre, quelques précisions sur Jacqueline Carey et son œuvre. Kushiel’s Dart ou Kushiel : La Marque en VF est le premier tome d’une trilogie qui vient de paraître en France aux éditions Bragelonne (le deuxième est sorti en mai). Aux Etats-Unis, l’auteur en est déjà à sa deuxième trilogie et son nom suscite certainement plus d’émotions qu’ici (à ma décharge, je n’ai pas eu le temps d’aller voir ce qui se faisait de neuf en la matière), encore que, sur Elbakin, j’ai vu un certain nombre de critiques favorables, et je viens de le découvrir, La Marque a été élu meilleur livre Bragelonne 2008.

La Marque est un magnifique livre (une fois qu’on dégage l’illustration que je trouve rebutante) avec une belle couverture rigide et donc solide (rien à voir avec l’édition de la trilogie de Hobb chez Pygmalion) qui ne sera pas tordue et froissée lorsque vous tournerez les quelques 800 pages qui vous attendent, ce qui peut justifier en partie son prix (une trentaine d’euros tout de même [1] ).

C’est pas tout ça, mais et si on ouvrait le livre ?

Ça ne déroutera aucun lecteur de fantasy, le livre s’ouvre sur une carte des différentes contrées évoquées. Mais, pour tout lecteur européen (et américain certainement, mais leur réputation en géographie n’étant pas flatteuse…), cette carte ne peut qu’apparaître étrangement familière [2] et pour cause puisqu’elle s’inspire très fortement de celle de l’Europe. Plus déroutant peut-être, cette liste des personnages qui rappelle le théâtre et qui peut impressionner à première vue [3]

Notre histoire se déroule en Terre d’Ange (qui n’est autre que la France géographiquement…Et dire que je les trouvais agaçants ces d’Angelins !), dans une ambiance Renaissance et inspirée du système féodal. Si l’auteur s’inspire clairement de divers fonds mythiques (romains et grecs notamment) et religieux pour créer l’arrière-plan de son monde, le tout est convaincant et devient ainsi familier (Yeshua crucifié, ça vous rappelle rien ?) tout en étant très loin de nous par certains côtés.
Le lecteur est plongé dans un monde d’intrigues visant - comme toujours - à renverser le trône et accéder au pouvoir, le tout décrit à travers les yeux d’une héroïne atypique, Phèdre, servante de Naamah (Prosaïquement, c’est une prostituée. Mais, sans que cela soit péjoratif ; en Terre d’Ange, elles sont considérées comme étant au service de la déesse Naamah et l’honorant ainsi.), et l’un des pions de cet grand échiquier politique. D’ailleurs, la sexualité est abordée dans le roman sans pudibonderie et les passages ont le mérite d’être bien traités [4] et intégrés comme faisant partie intégrante des relations humaines. Et le tout est évoqué (par exemple l’homosexualité, les pratiques masochistes, etc…) sans jugement moral.

Concernant l’histoire, je n’en dirai pas plus de peur de spoiler. Par contre, je peux dire que l’on s’attache rapidement aux personnages qui sont plutôt complexes . Je ne peux pas vraiment juger du style de l’auteur puisque j’ai lu une traduction, mais le début m’a particulièrement agacée… Quelques lourdeurs dans les descriptions notamment : on a compris que les d’Angelins sont d’une beauté incommensurable, bla bla ; les incessantes allusions de Phèdre nous disant qu’elle devrait regretter ce qu’elle a fait (moyen de créer du suspens ô combien insupportable ! Crache le morceau ma petite !). Je garde néanmoins une très bonne impression d’ensemble du roman (la suite rattrapant le début peut-être un peu long) qui était très plaisant à lire et qui m’a tenu éveillée jusqu’à des heures avancées.

C’est une belle découverte, je pense continuer la trilogie pour pouvoir donner un avis d’ensemble. A déconseiller aux pudibonds et autres coincés qui résumeront le livre à des intrigues politiques saupoudrées de sexe, ce qui est réducteur (surtout que les passages sexuels ne constituent qu’une infime partie du roman), comme l’est ce billet en partie.

P.S : Je n’arrive pas à croire que je viens seulement d’inaugurer ma section Livres…

Notes

[1] Vive l’achat en vo pour réduire les frais.

[2] Pour qui s’y attarde et ne saute pas la carte comme moi…

[3] Bizarrement, je retiens assez bien les noms en fantasy… Alors que pas moyen de retenir les noms des gens de ma classe… Rassurez vous, les noms rentrent bien plus vite lors de la lecture !

[4] Contrairement à ce que j’ai pu lire ailleurs…Les multiples périphrases et métaphores pour désigner le sexe masculin sont assez farfelues parfois. C’est très drôle mais je pense que ce n’est pas l’effet recherché ^^