Je n’ai pas l’habitude de réagir à un billet sur mon blog, je commente chez la personne. Cependant, pour le billet coup de gueule d’Anne-Laure Jacquart, La Parano “Droit à l’image” [1], je n’ai pas voulu me contenter d’un commentaire (outre l’impression de disposer d’un cadre limité pour développer un début de réflexion, je me sens bridée par l’impossibilité de donner une forme visuelle satisfaisante et lisible à mon texte [2]).
En lisant le billet d’Anne-Laure, j’ai très vite ressenti son agacement et sa frustration [3] générés par le droit à l’image et des dérives qui en découlent. Sentiments certainement justifiés et exacerbés lors de l’écriture du billet par une rencontre particulièrement désagréable, sans quoi je ne m’explique pas le ton tout de même assez virulent du propos, qui m’a gâché la lecture.
Anne-Laure défend son “droit à l’image”, à comprendre au sens de droit à créer des images, et de manière plus générale la libre création délivrée de cette épée de Damoclès que peut être le droit à l’image.
Être photographié, c’est être l’objet d’une marque d’intérêt, d’un coup de cœur en même temps que d’un coup d’oeil. C’est accepter d’offrir un peu de soi aux autres, dans une position altruiste, et d’être « modelé » par l’oeil d’un photographe, plus ou moins expert en la matière.
Le monde dans lequel nous vivons (nous inclus) est la matière première de création des artistes qui nous entourent. Ne leur anéantissons pas toute inspiration par des revendications la plupart du temps vides de sens !
J’aime la définition qu’elle propose de “être photographié”, je partage son avis sur les poursuites injustifiées au nom du droit à l’image.
Ce qui me gêne, c’est l’absence de vouloir comprendre la méfiance de l’autre, voire son hostilité en balayant l’attachement au droit à l’image.
Certains réagissent même presque comme s’ils avaient un « droit d’auteur » sur une image qui les représente… Quel amalgame !!
N’aurait-il pas été plus intéressant d’expliquer en quoi cela est une erreur ? Personnellement, je ne comprends pas l’idée.
Le ton accusateur n’aide pas, moi qui ne suis pas farouchement opposée à apparaître sur des photographies, je me suis braquée à la lecture du billet.
Les gens souhaitent faire respecter, bec et ongles sortis, quelque chose qui ne leur apporte rien mais crée une énorme contrainte pour d’autres (les photographes en l’occurrence). Bel exemple d’altruisme !
Pourquoi tout de suite vouloir voir en celui qui refuse d’apparaître sur une photographie, une personne égoïste [4], un petit dictateur en puissance qui jouit de son pouvoir de brider une autre personne ? N’a t-on pas le droit de ne pas être à l’aise avec son image et refuser d’être fixé ad vitam æternam sur quelque support que ça soit ?
Cette méfiance envers le photographe est souvent risible, mais elle s’explique (et doit être respectée) dans une société où l’image est prédominante, où la notion de vie privée est parfois remise en cause et où l’on assimile trop souvent les « porteurs d’appareils photo » à des méchants paparazzi. Au photographe d’expliquer sa démarche artistique plutôt que d’arborer un droit à la création, proche de l’argument d’autorité, tout aussi flou que le droit à l’image et donc sujet à mener à de nouvelles dérives.
Je me suis demandée comment je réagirais si je tombais par hasard sur une photographie ou j’apparais et les choses ne sont pas simples.
Je serais complètement indifférente si je n’apparais que comme passante dont on ne distingue pas le visage, et ce même si le photographe n’a pas eu la courtoisie d’indiquer qu’il retirerait la photographie si cela gêne la personne photographiée.
Les choses se corsent si l’on peut clairement distinguer mon visage ou si je suis en compagnie de mes proches. Je pense que je réagirai plutôt mal si aucune mention concernant le retrait n’est proposée et si la photographie est sous copyright “Tous droits réservés” [5]. J’aurai l’impression d’avoir été volée d’un instant éphémère de ma vie et de la possibilité de le déformer à ma guise, puisque définitivement figé par l’appareil. C’est là où réside à mes yeux la différence entre le regard d’autrui pour qui mon image ne constitue qu’une donnée parmi un important flux d’informations et l’image fixe qui tend à s’approprier un moment de ma vie. [6]
Par contre, si le photographe fait l’effort de venir me rencontrer pour connaître mon avis et mes sentiments et pour m’expliquer sa démarche, je n’hésiterai pas à offrir un moment de vie, acte qui demande tout de même d’avoir confiance en l’autre.
Tout ça reste hypothétique et j’aurai préféré avoir des témoignages de rencontres, parce que je n’arrive pas à croire que toutes les réactions soient hostiles.
Reste un passage avec lequel je ne suis absolument pas d’accord.
Mona Lisa subit-elle un préjudice d’être ainsi exposée aux yeux de tous ? Lorsqu’un écrivain s’inspire de personnes qu’il a croisées pour créer un personnage fictif, est-ce que quelqu’un cherche à revendiquer un droit quelconque pour une personnalité, un style vestimentaire, une manière d’être ? De même, il semblerait bien que les chansons d’amour, de tout temps, aient été inspirées par quelqu’un…
Je pense que l’argumentation ne tient pas et les comparaisons me semble bancales ou insuffisantes.
En peinture, le modèle est conscient de poser pour le peintre. Il a donc le choix. C’est peut-être d’ailleurs en partie pour ça que la réaction de certains est si violente ? Parce qu’ils se sentent privé de la possibilité de choisir.
En ce qui concerne l’écrivain, qu’il s’inspire et est influencé par le monde qui l’entoure (de façon consciente ou non) est évident. A mes yeux, le personnage fictif et la personne photographiée transcendent tous deux la personne réelle [7]. La différence, c’est qu’il est difficile d’oublier l’individu photographié derrière l’archétype (pour lui et ses proches par exemple). Le lien est plus lâche en littérature. Une autre piste de réflexion, pourrait être que l’on a une conception différente de la photographie et la littérature, on considère trop souvent la photographie comme une capture du réel alors que la littérature serait une variation du réel. Encore une fois, au photographe de faire changer cette vision des choses et de montrer qu’il ne fait pas qu’enregistrer ce qu’il voit.
J’ai un doute sur le “de tout temps” (j’ai l’expression en horreur à cause de mon cursus scolaire) et sur le fait que les chansons d’amour soient toujours inspirées par quelqu’un.
Je n’apporte aucune réponse à la question (j’en suis consciente) et mon propos est assez décousu, je voulais avant tout réagir à un propos que j’aimerai approuver complètement, parce que je pense qu’il est en effet important de dénoncer les dérives du droit à l’image et les contraintes que cela représentent pour les photographes, mais qui me gêne dans sa forme, qui dessert le propos de l’auteur.
Je pense seulement que la bonne démarche est de passer par le dialogue. On ne peut pas dire que l’on s’intéresse à l’humain si on ne va pas à sa rencontre et qu’on le considère comme un simple matériau photographique.
Notes
[1] Que je vous conseille de lire dans son intégralité pour que vous n’ayez pas une vision tronquée de son message
[2] D’où la possibilité de mettre en gras, italique, souligner, … pour ceux qui le souhaitent dans les commentaires. Wikibarre roxx !
[3] Je peux me planter complètement.
[4] Quand est-il du photographe qui oppose droit à la création au droit à l’image ?
[5] A mon tour de dire : “Bel exemple d’altruisme !” Je prône les licences Creative Commons, mais je suis bien consciente des problèmes que ça peut poser à un photographe professionnel.
[6] Je suis très attachée à ces moments qui oscillent entre réalité et vie rêvée et l’image vient détruire le caractère flottant et éphémère de ces instants.
[7] Lorsque vous regardez des photographies de Doisneau, vous ne voyez pas un petit garçon tricher, mais l’archétype du tricheur ; vous ne voyez pas un couple en particulier s’embrasser, mais une vision idéale du couple.
1 De jacques philippe -
D'abord merci pour cette réflexion approfondie. Je suis assez d'accord pour dire que le texte de Anne-Laure laisse quelques zones d'ombres et que plus généralement le sujet mérite reflexion. Je souhaitais cependant développer mon opinion, principalement en réponse ou en complément à certains arguments ou idées enoncées ici, que je respecte parfaitement au demeurant.
C'est tout à fait exact que la méfiance envers le photographe s'explique, autrement dit qu'elle n'est pas sans fondement. Et j'ajoute qu'elle n'est pas risible du tout.
Mais je pense qu'elle est pour une bonne part à la fois fantasmée et hypocrite.
Fantasmée parce que le risque qu'une image réalisée par un photographe de rue soit exploitée de manière malicieuse est finalement infiniment infèrieure à celui de se faire agresser dans la rue (physiquement j'entends) ou bien renversé par un chauffard.
Hypocrite parce que:
1/ Tout le monde consomme de l'image, et bien peu se soucient du droit à l'image des victimes du bout du monde dont on passe les images en boucle à la télé et sur internet. Le "droit à l'information" primerait-il alors ? la belle affaire... Il y a un aspect nombriliste dans ce débat sur lequel J'insiste car il est important. Autre exemple: ne pourrait-on pas accuser à Salgado de tirer sa gloire de la misère des autres ? (je doute qu'il s'assure de l'autorisation de publication de tous ses sujets...). C'est d'ailleurs vrai stricto sensu - et il y a bien des gens pour penser cela sans doute - mais est-ce sérieusement fondé de le lui reprocher ?
2/ il faut bien se rendre compte que aujourd'hui nous finissons tous dans les mémoires plus ou moins vives des i-phones ou autres téléphones équipés de fonctions photo et/ou vidéo (c'est à dire à peu près les modèles utilisés par à peu près tout le monde aujourd'hui). Sans parler des caméras de sureillance. Le photographe de rue, elle/lui, est bien plus visible par son sujet (peu utilisent un télé, la plupart opèrent à des focales comprises entre 20 et 50mm donc très proche du sujet identifiable)... et c'est elle/lui qu'on accuse de tous les maux! Le photographe de rue doit justifier sa "démarche artistique", mais on ne demande pas au touriste de justifier sa "démarche touristique", ni à la caméra de justifier sa "démarche sécuritaire"...
... Je pense en outre qu'il y a également un aspect plus ou moins inavoué qui n'a rien à voir avec le "droit à l'image" en tan que tel , mais qui est lié au soupçon que le photographe puisse tirer profit (financièrement) de l'image d'autrui (cf. l'exemple de Salgado, que l'on pourrait multiplier). Et d'ailleurs c'est ce qui s'est produit pour Doisneau et son couple d'amoureux. Et sur ce point l'exemple du modèle consentent ("Mona Lisa") développé Anne-Laure est finalement assez pertinent, vu sous cet angle.
"Au photographe d'expliquer sa démarche artistique..."
Tout d'abord ce n'est pas forcément simple, quand bien même dans la pratique on aurait suffisamment le temps. Mais en plus le plus souvent cette même démarche artistique interdit de le faire à priori. Tout simplement parce que la plupart des photographes de rue ont comme credo de "ne pas déranger le monde autour d'eux". Et c'est un point fondamental. Il ne s'agit pas d'être furtif, dans le sens sournois du terme, mais d'être "en retrait", pour plusieurs raisons, dont l'une est de maintenir une sorte d'état de concentration particulier qui favorise le shoot d'instinct. C'est dans ce sens que Helen Levitt, maître incontestée du genre, utilisait un viseur d'angle.
Pour finir je trouve que la notion d'archétype utilisée pour finalement justifier les clichés de Doisneau est curieuse, discutable d'un point de vue de l'analyse, et pour tout dire tirée par les cheveux.... Il faudrait demander aux personnes photographiées (si c'est possible) si ils ont l'impression d'être des archetypes. Il faudrait demander également aux personnes photographiées (et souvent caricaturées) par Martin Parr si ils ont l'impression flâteuse d'être des archetypes...
Sinon j'ai eu moi aussi eu l'impression que le texte de Anne-Laure était partiellement dicté par une "mauvaise rencontre". Peut-être pourra t'elle nous en dire un peu plus... :)
2 De Lluciole -
Bonjour et merci pour cette réaction. Le but du billet était d'avoir l'avis d'autres personnes sur la question et de dépasser le stade assez paresseux (auquel je m'arrête un peu trop souvent) qui consiste à approuver sans réserve.
Je suis d'accord avec vous pour dire que cette méfiance est à la fois fantasmée et hypocrite. Je me suis justement dit que le paradoxe société à images/frilosité à apparaître sur les photographies méritait d'être creusé. Donc merci ;)
Sur la diabolisation du photographe, je pense que c'est en partie du au cliché du paparazzi mais aussi à cet aspect financier que vous évoquez.
Peut-être aussi que (j'essaye de comprendre, car je ne partage pas du tout ce sentiment et je me rends compte que je cherche à trouver d'autres raisons que le seul attrait du gain.) les gens sont moins gênés d'apparaître sur des photos de touristes car la démarche n'est pas volontaire(la plupart du temps, ceux ci pestent contre la présence d'individus indésirables sur leurs photos souvenirs).
Quand je parle de justification de la démarche artistique du photographe, je l'imagine toujours a posteriori que ça soit juste après la prise (ce qui n'est pas toujours possible bien entendu) ou sur le site du photographe par exemple. Oui, je reconnais que c'est contraignant, mais peut-être que si les gens étaient plus conscients des problèmes que rencontrent le photographe, de son intention, ils seraient moins farouches.
Je sais bien que ça relève d'une vision idéale de l'être humain, mais je pense que ça permettrait vraiment (à long terme) de changer l'idée que se font les gens du photographe.
Pour la notion d'archétype, elle ne me sert pas à justifier les clichés de Doisneau (je les avais juste en tête) mais à essayer de faire comprendre que le photographe a sa manière ne se contente pas de capturer des individus particuliers, mais qu'il les élève à un niveau plus universel.
Ce que je veux dire, c'est qu'à mon avis, le photographe à travers des individus particuliers, fait ressortir des traits généraux (d'où, j'imagine, la comparaison qu'Anne-Laure établit avec la littérature et que je trouvais intéressante, mais pas assez creusée à mon goût).
C'est très confus et le mot archétype n'est peut-être pas le plus heureux ici.
Je m'interrogeais sur cette différence entre la photographie et la littérature (et dans les deux cas pour moi, le sujet dont l'artiste s'inspire est transcendé) et j'essayais (de façon maladroite) de montrer que le photographe propose lui aussi ce que j'appelle une variation du réel (faute de mieux), qu'il "modèle" (comme dit Anne-Laure) son sujet et qu'il ne se contente pas de figer un instant. Le problème en photographie, c'est qu'il est plus difficile de faire comprendre à la personne photographiée qu'on ne la représente pas elle en tant qu'individu de l'état civil (et donc que si caricature il y a, elle n'a rien de personnel), mais qu'on voit en elle une émotion, une scène à caractère universel.
Je crois que c'est du au fait qu'il est moins évident pour un individu lambda de saisir la part de création, d'imagination, de sensibilité du photographe investis dans le cliché. Et le cliché du paparazzi qui cherche à capturer un moment d'intimité d'une personne X ou Y n'aide pas du tout.
Je ne sais pas si je suis plus claire (je crois que non :/ ), en tout cas, en tant que sujet, je ne pense pas que je serais vexée si l'on faisait ressortir la part d'universel en moi (que ça soit caricatural ou non), au contraire je trouve ça rassurant.
Ce qui me dérangerait le plus (sans que ça me pousse à porter plainte), c'est d'être privée du contact avec le photographe ou que celui ci(lorsque le contact est impossible, ce qui est souvent le cas, je le reconnais) ne prenne pas la peine de proposer une possibilité de dialoguer (rien que la proposition de retrait constitue un premier pas vers la discussion).
Et je suis bien contente de voir que mon impression est partagée (je me disais que j'étais peut-être parano :D ). C'est tout de même dommage, je me rappelle d'une fois où elle avait fait une "bonne rencontre", ça aurait été intéressant d'avoir les deux expériences mises en parallèle.
3 De jacques philippe -
Des choses interessantes..., merci pour cette longue réponse :)
Concernant la notion d'archétype, ce n'est ni maladadroit ni idiot, mais je pense que c'est surtout erroné dans la plupart des cas (sauf peut-être quand l'auteur souhaite faire passer un message spécifique, de nature sociale ou autre). Pour moi l'étiquette "photographe humaniste" est quelquechose d'un peu usurpé, une vision "romantique" collée à posteriori, en partie parceque beaucoup de gens trouvent un certain charme surranné à ces clichés, mais ce n'est pas le contexte de l'époque. Quand Doisneau ou HCB font leurs photos, je ne pense pas qu'ils se disent "chouette, dans 30 ans les gens regarderont ça d'un air attendri". Ils photographient dans leur époque, ils cherchent et utilisent simplement la matière qu'ils ont à portée de leur regard.
D'autre part la photographie est une discipline bien plus "plastique" qu'on ne le pense, et ça rejoint la question du "droit à l'image" et un aspect de la réponse d'Anne-Laure quand elle explique que "Le modèle n’est pas plus important que le vêtement qu’il porte, la voiture qui passe ou l’arbre en arrière plan". Autrement dit il y a un malentendu souvent entre ce que pense le public et ce que recherche le photographe. Le public s'imagine que le photographe veut en quelque sorte révéler l'intime alors que bien souvent c'est l'aspect "profondemment superficiel" des choses qui est interessant.
C'est à mon avis un aspect qui est mieux maîtrisé outre-Atlantique (en Amérique), à la fois par le public et le milieu "averti" comme on dit, où il n'y a pas cette vision romantique de la photo d'époque. Il y a plus une tradition documentaire, ou pour être plus précis une culture de la photo attachée à la relation très ambigue du médium (l'appareil photo) à la réalité. C'est très clair dans les commentaires répétés de gens comme Walker Evans, Garry Winogrand ou Lee Friedlander etc... (des photographes plus méconnus du grand public en France, mais tout ausi importants que Cartier-Bresson ou Doisneau ou Ronis) et à ce qu'il me semble un point largement diffusé dans les cursus de type BFA.
... pour en revenir à des choses plus concrètes je pense que c'est surtout l'attitude du photographe, son instinct qui font la différence dans la pratique. Le "droit à l'image" est une chose mais dans la pratique la réaction des gens est quelque chose qui en est déconnecté, quelque chose d'à la fois flexible et sensible qui dépend d'un nombre important de paramètres (à titre d'exemple et par expérience perso, les gens sont moins réticents à être photographié quand il fait beau que par un temps de chien...). Le plus souvent c'est l'approche du photographe qui fait la difference, je pense que la plupart des gens "sentent" si le but poursuivi est "honnête" ou pas, pas forcément besoin de grands discours pour cela (d'ailleurs comme le dit Anne-Laure justement "Les gens ne s’intéressent pas à ce que l’on fait", c'est souvent plus le sujet que le photographe qui n'est pas interessé par un dialogue, les rarissimes cas où on me demande je suis ravi de pouvoir répondre). Finalement un sourire ou un clin d'oeil suffisent bien souvent.
PS: chouette blog...
4 De Anne-Laure -
Eh bien, je vois que ça papote par ici !
Ces échanges me semble très intéressants même si, il est vrai, chacun prêche un peu sa paroisse !! ;)
Luciole, merci pour ta réaction, quoi aussi vive, sans aucun doute, que mon message d’origine !
Pour info, cet article sur le droit à l’image ne fait pas suite à un événement particulier, à une rencontre. Il n’a pas été écrit à chaud. Je regrette donc que tu le trouves agressif car, de mon côté, j’espérais exprimer mon point de vue sans attaquer personne mais plutôt pour dénoncer « la réaction ambiante », le « rejet de principe » qui est de mise vis à vis de la photographie.
En effet, mon article est écrit en mode « billet d’humeur ».
Et s’il semble un peu virulent, c’est tout simplement parce que je me sens trop souvent prisonnière dans ma pratique.
La création est ma manière d’exister, et la manière dont les gens interprètent le droit à l’image et le revendique et, pour moi, une privation de liberté.
C’est d’autant plus frustrant que je n’estime pas du tout que ma liberté empiète sur celle des autres et que je puisse porter préjudice à quelqu’un en photographiant. Si c’était le cas, rien que de le savoir, cela me rendrait malade et m’empêcherait de photographier de toute façon.
Je ne pense pas du tout que la problématique du droit à l’image soit à reliée à la réticence des gens à apparaître sur une image. Tout simplement parce que cette dernière est liée à une crainte de SE VOIR sur une photo d’ami ou de famille sur laquelle on ne se trouvera pas à notre avantage !
Mais être photographié dans la rue parce qu’un photographe a estimé que notre silhouette valait le coup d’être captée, cela ne provoque pas ce genre de risque. Soit nous sommes bien aises de savoir que nous ne verrons jamais la photo, soit nous souhaitons au contraire nous y intéresser et rien ne nous empêche de demander au photographe de nous faire parvenir sa photo par mail !
Les gens ne s’intéressent pas à ce que l’on fait.
Cela ne leur vient jamais à l’idée de dire « Je suis bien curieuse de savoir ce qui vous a poussé à me prendre en photo ! Aurai-je la possibilité de la découvrir ? ».
Expliquer sa démarche artistique ?!
Tu veux dire, en pleine rue, sans image à montrer, à des gens pressés d’aller faire leurs courses ou de revenir de l’école ?
Sincèrement ce n’est pas possible ! De plus, le faire avant, c’est tuer la spontanéité de l’image.
Après, c’est trop tard. On nous reproche déjà de « ne pas avoir demandé l’autorisation ».
La mention « tous droits réservés » est très particulière.
Elle est utilisée par un média quand il veut indiquer qu’une image est soumise au droit d’auteur mais qu’il ne connait pas ou ne souhaite pas donner le nom du photographe (la mention DR est rejetée par les photographes qui la considèrent, à juste titre, comme une dérive)!
Cela signifie que personne d’autre n’a le droit de reprendre la photo et de l’utiliser.
Heureusement ! Car si je te photographie et que tu apparais sur mon site, j’espère que tu trouverais l’image suffisamment artistique et que tu t’estimerais suffisamment peu reconnaissable (je prends souvent les gens de dos, ou de loin comme marqueurs d’espace) et que tu ne t’en offusquerais pas.
Cependant, si quelqu’un me vole la photo sur le site pour la mettre dans un média avec une légende diffamatoire, là il y a préjudice, et je n’en serai pas responsable !
En ce qui concerne la question de s’approprier un moment de la vie de quelqu’un, cela ne me semble éventuellement valable que pour ceux qui font de la photographie vraiment très reportage.
Je ne pense pas qu’en regardant quasiment n’importe laquelle de mes images, on pense que la qualité de la photo dépend du modèle, que c’est en m’appropriant quelque chose que je fais de bonnes images !
J’espère, comme tu le dis, transcender mes modèles comme le fait un écrivain.
Le rapport te semble plus lâche en écriture parce que tu considères la photographie comme quelque chose de trop descriptif sans doute. Mais un texte peut être bien plus proche du réel qu’une image.
La seule différence est le medium utilisé, et le fait que la photographie soit un medium visuel.
De toute façon, pourquoi refuser d’être une source d’inspiration ?
Quand je photographie quelqu’un, je ne lui enlève rien. Je perçois en lui quelque chose que lui-même n’a pas perçu, dans son attitude, son rapport à l’environnement, son regard etc.
Je ne m’approprie rien d’autre que ce que je crée ! Les gens photographiés sont des supports, des prétextes, ne leur en déplaise !
Comme je le disais, c’est une manière de se rendre important que de revendiquer son droit à l’image, cela laisse à penser que le modèle qui fait l’image et donc qu’il a le droit de s’opposer à sa création (ce qui est faux).
Il ne faut pas confondre le fond et la forme. C’est l’artiste qui fait l’image.
Le modèle n’est pas plus important que le vêtement qu’il porte, la voiture qui passe ou l’arbre en arrière plan !
Concernant ta réaction par rapport à Mona Lisa, il faut rappeler que ce qui importe n’est pas la situation de prise de vue mais la situation de diffusion.
Tout au long de mon article, j’ai exprimé mon regret de n’être pas libre quand je photographie sans me plaindre des restrictions d’utilisation.
Ainsi, que la personne ait posé ou non, cela importe peu.
Quand tu regardes quelqu’un, a-t-il la possibilité de choisir ?! Eh bien non.
Si cela ne lui plait pas d’être observé, il ne peut pas y faire grand chose à part s’en aller. La photographie n’est qu’un regard un peu appuyé.
Tout comme, dans un milieu public, on est soumis au regard des autres, on est soumis aussi à leur appareil… et il y a des malheurs bien plus grands !
Enfin, je suis d’accord avec toi pour dire que photographier l’humain, c’est aller à sa rencontre.
Mais venir dialoguer puis photographier n’est pas la seule manière possible.
Car, de cette manière, il y a 80% des situations que tu laisses de côté !
Quand je veux photographier la frénésie des soldes, l’attitude pressée des passants dans la rue, la spontanéité d’un regard enfantin, je ne peux pas procéder ainsi.
Merci en tous cas pour ta longue réaction. Il est essentiel que s’ouvre un débat à ce sujet !
5 De Lluciole -
Je ne prêche pour aucune paroisse, je me situe un peu entre les deux je pense.
Reste que je souhaite revenir à cette idée d'archétype (le mot est définitivement mal choisi).
@ jacques philippe :
Je n'ai jamais dit ou voulu dire ça et je ne pense pas que j'ai foncièrement tort tout de même. Il n'y a pas d'idée de message derrière.
Juste pour clarifier mon propos (C'est une lecture, une réflexion sur ce qu'est la photographie, pas une réponse que je propose et j'essaye de réfléchir au parallèle avec la littérature.) quand je parle d'universel, je pense juste que le photographe, plus ou moins de façon consciente, s'intéresse à quelque chose qui résonne en lui et ce quelque chose transcende le sujet et ne lui est pas propre.
Je tiens également à préciser, même si je pensais que c'était clair, que pour moi le photographe ne s'intéresse pas à l'intimité (ce qui est le cas du paparazzi). Je ne connais pas du tout ou très peu les photographes cités, ma culture photographique est toute à faire, et ça m'intéresse beaucoup si par hasard vous avez le temps de développer ou de m'envoyer quelques liens :)
Pour le côté pratique, tout à fait d'accord avec l'attitude du photographe, encore plus sur le sourire ou le clin d'œil face au discours qui peut être mal interprété. Moins sur le fait que les gens ne s'intéressent pas à ce qui est fait.
C'est surtout la généralisation de cette indifférence qui me fait tiquer (elle est peut être vraie, mais je suis encore un peu trop idéaliste peut-être, j'ai quand même du mal à y croire). Et le fait de la prendre comme un fait accompli. A nouveau, c'est très naïf, mais je trouve ça regrettable qu'il y ait un fossé entre le photographe et l'individu photographié. Je n'accuse pas le photographe quand je dis que c'est à lui de faire la démarche en avant, je pense juste que ça serait enrichissant pour le sujet.
Et merci :)
@ Anne-Laure :
Je suis désolée si tu trouves que mon propos est vif, je l'ai voulu aussi nuancé que possible (même si certains points sont quelques peu confus). J'aurai pu formuler autrement certaines tournures, mais je ne voyais pas comment le faire sans être hypocrite. En tout cas, mes critiques n'ont rien de personnel, je tiens à le préciser. Je pense que tu peux m'accorder que ton propos n'était pas assez développé (même si après tout c'est un billet d'humeur) et la lecture de ton billet a soulevé quelques questions chez moi. Le côté agressif du propos (selon moi et c'est très personnel) tient du fait que je trouve que celui ci tend vers la caricature et que le tout n'est pas assez explicité. C'est strictement subjectif. Par ailleurs, je pense que tu adoptes un point de vue trop "photographe-centriste" et en oublie qu'en face de toi, il y a des êtres humains contradictoires, irrationels et parfois insupportables, et que bon gré, mal gré, on ne peut pas les nier.
Je te comprends parfaitement, et le but de mon billet était juste d'essayer de voir de l'autre côté. L'impression que m'a laissé ton billet, et ce n'est pas l'effet recherché j'en suis sûre, et celle d'assister à une confrontation d'ego ne voulant pas écouter l'autre. Entre celui/celle qui défend par principe son droit à l'image et celui/celle qui prône son droit à la création. Je sais bien que tu ne vois pas en quoi le fait de photographier quelqu'un empiète sur la liberté d'autrui. Ce qui me gêne, c'est que tu ne sembles pas dépasser ce stade et que tu ne cherches pas à savoir ce qui peut être à l'origine de cette méfiance, de cette hostilité.
Pour ce qui est de la réticence à apparaître sur les photos, je ne peux pas être aussi catégorique. Je n'en sais rien. Pour l'indifférence, je pense que toi et jacques philippe oubliez un point important. Souvent les gens ne vous remarquent pas car vous avez certainement une approche discrète et savez vous faire oublier dans le décor. Je suis
tropsouvent ailleurs, dans ma petite bulle pour faire face au quotidien monotone métro/fac, pour me rendre compte qu'il y a un photographe. C'est ce que je remarque le moins, c'est si courant de voir quelqu'un avec un reflex désormais (à Paris en tout cas). Personnellement, je suis très curieuse et apprécierais un échange avec le photographe.Je réitère ce que j'ai dit sur la question d'expliquer sa démarche. Ça peut être fait assez brièvement ou plus longuement sur le site du photographe par exemple. Et cette démarche est bien entendu a posteriori. Dire : ., c'est un peu trop facile. Tout le monde ne réagit pas comme ça.
Pour le "Tous droits réservés", je ne connais pas tous les aboutissants juridiques. Je ne crois pas qu'une photographie sous licence Creative Commons (que l'on peut décliner différemment) autorise le genre de dérives que tu décris. Mais, c'est un sujet que j'aimerai approfondir. J'ai encore beaucoup de recherche à faire la dessus. C'est surtout pour dire que l'on est toujours l'égoïste de quelqu'un.
Je ne pensais pas à toi du tout, je faisais juste part de ce que je pourrais ressentir (sentiment qui dépend du photographe, de sa démarche, de la photo) dans un cas extrême. Et je ne dis pas que c'est en volant quelque chose que le photographe produit de bonnes images.
Et NON, ma conception de la photographie n'est pas descriptive (tu m'as mal lu je crois). A nouveau, je soulignais seulement le fait que pour beaucoup, il est plus difficile de voir en quoi le photographe transcende le sujet. En effet, il me semble qu'à travers les mots, on est parfois bien plus proche du réel qu'une image. Mais ce n'est pas ce que les gens ressentent de façon général. Il y a une certaine sacralité dans l'image et le sentiment qu'elle est plus accessible, dévoile plus de choses.
Personnellement, j'ai beau vouloir chercher pourquoi certains refusent, je ne vois pas car c'est quelque chose que je ne comprends pas vraiment.
Je n'ai rien dit qui n'aille dans ton sens il me semble..."
Le cas de Mona Lisa méritait à mon avis d'être explicité et ne me convainc pas vraiment (si je suis à côté de la plaque, explique moi, j'ai envie de comprendre). Quant à l'idée de choix, certes je n'ai pas le choix quand les gens me regardent, mais il y a une différence entre un regard et le cliché qui n'est pas juste un long regard appuyé. Et je pense que ce n'est pas si difficile à comprendre que certaines personnes n'apprécient pas d'être figés, il y a cette idée que la photographie immortalise un instant (ce qui est discutable quand on pense aux questions de la pérennité du support) contrairement au seul regard.
Cette phrase me fâche un peu. A nouveau, je trouve que c'est un peu facile de dire "et il y a des malheurs bien plus grands !" et que ça rejette complètement la possibilité de voir autrement que toi. En plus, c'est tout de même un argument qu'on peut balancer à n'importe quel sujet.
Et je me répète, je n'ai jamais dit que la rencontre devait être a priori et rien ne le laissait penser (erreur de lecture ?). Je ne suis pas stupide (du moins pas entièrement, vous pourriez tous deux partir avec cet a priori neutre voire bienveillant, non ? :D ), je sais bien qu'aller demander à quelqu'un "Est ce que je peux vous prendre en photo ?" n'est pas possible. Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit (quand en plus, j'ai explicité mon propos dans mon commentaire). Pourquoi rejeter cette idée de parler de sa démarche sur son site (pas forcément à chaque prise de vue, mais dans un à propos ) ?
Merci de ta réponse en tout cas, malgré ta volonté d'ouvrir le débat, je trouve que tu restes quand même un peu sur ta position sans vraiment chercher à comprendre la mienne. Je n'ai fait que partager mon opinion (celui d'un individu lambda qui s'intéresse à la photographie et ses problématiques mais qui n'y connaît pas grand chose) sur ton billet en proposant quelques pistes de réflexion à peine amorcées faute de temps, connaissances, etc (ce n'est pas pour rien qu'il y a un tag embryon de réflexion) et j'essayais de comprendre quelle pouvait être la position de celui qui est photographié, parce que celle du photographe je la comprends (N'ai-je pas dit que j'aime la fin de ton billet ? et ta définition de ce que constitue la photographie ? Que pouvais-je rajouter ?) et parce qu'elle est prédominante lorsqu'on lit les autres réactions à ton billet.
6 De jacques philippe -
re-bonjour :)
"je pense juste que le photographe, plus ou moins de façon consciente, s'intéresse à quelque chose qui résonne en lui et ce quelque chose transcende le sujet et ne lui est pas propre"
Oui, c'est sans doute très vrai... (et bien vu venant de quelqu'un qui se dit novice dans le domaine ;))
"C'est surtout la généralisation de cette indifférence qui me fait tiquer (elle est peut être vraie, mais je suis encore un peu trop idéaliste peut-être, j'ai quand même du mal à y croire). Et le fait de la prendre comme un fait accompli. A nouveau, c'est très naïf, mais je trouve ça regrettable qu'il y ait un fossé entre le photographe et l'individu photographié. Je n'accuse pas le photographe quand je dis que c'est à lui de faire la démarche en avant, je pense juste que ça serait enrichissant pour le sujet."
Je suis assez d'accord sur le principe, encore que... Dans mon cas perso quand je fais des photos dans la rue c'est simplement un hobby. Je n'ai pas vraiment le temps pour ça (et parfois je fais mes photos à l'occasion d'une ballade avec mes enfants donc pas simple). Et puis je n'ai pas la prétention de faire de l'Art alors ça me semble un epu déplacé de me lancer dans des grands discours.
Il y a une autre raison à mon avis, plus fondamentale, et lié à une démarche véritablement artistique. Quand un écrivain rédige son livre, il n'esxplique pas au futur lecteur ce qu'il a en tête. Même remarque pour le peintre en plein travail etc.... D'une manière générale le processus qui conduit à la création d'un produit artistique est quelquechose d'assez intime pour l'artiste, enfin je crois (sauf exceptions notables). C'est plus le "produit fini" qui est sujet à commentaire, mais le processus qui y mène d'une certaine manière est sacré. Je pense que dans le cas de la création artistique c'est le plus souvent complètement inaproprié de mélanger le geste et la parole sur le geste (c'est un peu en rapport avec l'état de concentration que j'évoquais dans ma première réponse).
Concernant les liens on peut trouver pas mal de choses un peu partout. Il y a un site (en EN) très riche en interviews et essais sur la photo. Les textes ne sont pas tous récents mais le plus souvent vraiment TRES interessants:
http://www.americansuburbx.com/
(on peut sélectionner les articles par photographes, c'est le plus pratique)
Pour les photos le mieux c'est quand même les musée ou les livres. Perso je feuillete beaucoup dans les libraires. Sur le web il y a plein de choses évidemment mais en particulier la collection du NY MOMA est très riche (quoique pas super intuitive):
http://www.moma.org/collection/browse_results.php?criteria=O%3ADE%3AI%3A4
Sinon je parle photo sur mon blog, mais il est très récent.
7 De Lluciole -
Malgré ma lutte contre le pollen, me revoilà !
Oui, alors pour la démarche, j'ai réfléchi. Comme je suis souvent incapable d'expliquer clairement pourquoi je prends une photo, j'ai pensé au problème que ça poserait sur le terrain.
Je ne pense pas que ça doit être très poussé en fait, juste une explication assez générale qui insisterait sur la différence photographe/paparazzi et qui expliquerait cette idée d'hommage dont parlait Anne-Laure.
D'accord sur le côté sacré du processus, c'est quelque chose d'assez intime en effet.
Merci beaucoup pour liens :)
Je vais parcourir ça quand j'aurai un peu de temps.
Et chouette, tout est en anglais. Je vais même pouvoir procrastiner et dire que je travaille mon anglais.