Le piratage, c’est mal [1].
Fossoyeur des arts, violeur de lois, fléau des industries “culturelles” ; le piratage, le terme en lui même est risible, tels les quatre cavaliers de l’Apocalypse, est perçu comme le commencement de la fin du monde, ou plutôt, d’un monde. Le leur.
L’usage de la morale dans le débat autour du piratage me fait doucement sourire.
Je pense en effet qu’il n’a pas sa place et si je n’avais pas peur de passer pour pédante, oh et puis nom d’un haddock !, j’ai déjà évoqué Spinoza sur ce blog, je peux conseiller la lecture de La Généalogie de la morale de Nietzsche [2] que je devrais moi-même relire tant ce qu’il raconte sur la morale m’avait interpellée.
Je vous renvoie à ce portrait du pirate en conservateur de bibliothèque qui est un des meilleurs articles ou du moins l’un des plus marquants sur le piratage et à mes yeux, bien qu’il soit daté [3], mérite encore d’être lu pour la véritable réflexion qu’il propose sur le sujet, loin des passions.
Il existe donc là un vrai paradoxe : les pirates qui bafouent, violent chaque jour les législations sur le droit d’auteur et le Copyright sont peut-être, en même temps, la seule chance de survie du savoir numérique. Et il est plausible d’imaginer qu’un jour, pas si lointain, certains auteurs, éditeurs ou producteurs, aillent chercher la seule copie encore existante de leur travail auprès des pirates.
Joël Faucilhon - Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque
Alors ? Ça ne paraît plus aussi effrayant tout d’un coup, hein ?
Personnellement, après lecture de l’article, je m’étais dit que quand même, c’est assez génial comme système de sauvegarde énorme et éclaté en électrons libres [4]. Ça, ça aurait été une belle façon de mutualiser les données, non ? Une sorte de cloud décentralisé. Je ne sais pas vraiment si ce que j’avance est techniquement possible.
Même l’affirmation, pour le coup incontestablement correcte dans nos contrées “civilisées”, “Le piratage, c’est illégal.”, ne me semble pas apporter grand chose et je serais presque tenter de m’écrier “Captain obvious !”
Ce qui est intéressant, ce sont les questions “Pourquoi les gens “piratent” ?” et “Qu’est-ce qui les poussent à arrêter ?”, vous ne trouvez pas ?
Les raisons sont nombreuses, certaines plus convaincantes que d’autres. Et moi pourquoi je pirate ? Pourquoi j’ai arrêté ou arrêterai ?
Mes débuts de pirate
Quand j’ai découvert le web et toutes les possibilités offertes par Internet, c’était la grande époque des kazoo et des mules.
On m’a, puis j’ai gravé quelques CDs mp3, piètre qualité en fait, quand j’y repense, en comparaison avec le wav ou le flac. Pour moi, il n’y avait pas vraiment de différence avec la radio et mes cassettes. Sauf que j’avais pas la chanson coupée par un vieux jingle tout pourri.
De la musique fast-food et un bon moyen de découverte, voilà ce que c’était. Et je ne regrette pas de ne jamais avoir acheté les albums, où de toute façon, il n’y avait qu’une chanson qui me plaisait réellement. Au même moment, je m’offre quelques CDs d’artistes que j’appréciais vraiment et que j’aime encore aujourd’hui.
Je n’ai jamais vraiment beaucoup téléchargé de musique en fait. Ma mère emprunte énormément de CDs à la médiathèque et ça nous a toujours suffit. On copie le tout sur l’ordinateur et hop un mp3 ou un wav de qualité.
Non, ce qui me poussera vraiment à télécharger, c’est la japanimation et les prix exorbitants des coffrets, à l’époque bien trop souvent en VF uniquement [5].
On en est alors aux vogueurs de torrents.
Au sein de cette communauté “pirate” de tous âges, s’est développée cette éthique du partage qui je pense était réellement sincère à l’époque, ou au moins, non flouée par l’aspect financier des services de direct download ou des Usenext.
C’était l’âge d’or du ratio à 1 et si possible plus, par fierté stupide, volonté de montrer qu’on donnait plus que ce qu’on recevait et autres raisons [6]- avec évidemment des leechers malhonnêtes qui ne faisaient que pomper sans jamais uploader pour les autres, ceux qui asséchaient les torrents et tuaient des lolcats.
Beaucoup sont ceux qui ne comprenaient pas cette logique. Je me rappelle les pleureuses venues se plaindre de ne plus pouvoir télécharger sur les trackers parce que leur ratio était trop faible et qui se plaignaient d’un upload trop faible pour maintenir un ratio de 1. La réponse fusait automatiquement, ils n’avaient qu’à moins télécharger et être patients.
Et puis la traque des pirates voguant sur les torrents a commencé.
La manie des gouvernements, dont me vous permettrez de soupçonner parfois leur connivence avec les majors, à vouloir criminaliser quelque chose de finalement, foncièrement naturel chez l’homme, a été une période de politisation pour moi et pour d’autres [7] L’envie voire le besoin de partager ce qu’il a vu, lu et aimé. Je crois que c’est profondément humain (et c’est sans doute, un de ses plus beaux traits). Et auparavant, on se prêtait des DVDs, des CDs, des jeux ou des bouquins et puis on “photocopiait”. On enregistrait sur son radio-cassette ou son magnétoscope.
La technologie n’a fait que révolutionner cette pratique, d’abord restreinte au cercle familial et amical.
De même que l’imprimerie a permis de produire des livres en grand nombre et à relativement bas coût, le numérique permet une reproduction d’un fichier et son partage à un coût relativement dérisoire (de la place sur le disque dur, de l’électricité pour faire tourner la bécane et une connexion internet si je grossis le trait).
Je n’ai pas assisté à la lutte des moines copistes (si elle a eu lieu) contre l’imprimerie. Highlander style. Les immortels sont parmi nous ! Celle des industries “culturelles” est particulièrement moche et insidieuse. Le dernier pet nauséabond du monstre polymorphe et affreux à l’agonie ? J’espère être là pour le voir mourir.
Le partage, c’est bien .
On ne le dira jamais assez dans piratage, il y a partage. La frontière est fine entre les deux et les choses plus complexes que ce qu’on veut nous montrer et faire croire.
Vous l’aurez compris, je ne porte pas les grandes puissances de l’industrie culturelle dans mon cœur. Je leur reproche leur immobilisme, cette pensée tournée uniquement vers le profit immédiat et la rentabilité à court terme, l’absence de réel sens du service client ou de l’usager, comme vous voudrez l’appeler. Pas étonnant que des géants comme Amazon ou Apple mais aussi Spotify ou Netflix aient réussi à tirer leur épingle du jeu avec brio.
Les autres ont trois trains de retard et encore ! Ce n’est pas en tapant sur ta poule aux œufs d’or que celle ci pond. La question du prix est un motif certain de téléchargement mais comme ces gens n’auraient jamais acheté… il n’y a pas de perte ni de dommage et c’est, si on y réfléchit, une bonne manière de rendre un client/usager “accro”. Il faut y voir un investissement à moyen et long terme pour parler en termes capitalistes.
Mais non, c’était plus simple de ne pas chercher à comprendre et d’accuser les citoyens qui téléchargent d’être de vilains terroristes qui ont pour but secret de détruire la culture.
Et le direct download fuuuuut (désolée, elle était facile celle là).
Je ne sais pas si j’aurais mieux fait à la place de l’État et je n’aurais sans doute pas prédit la montée en puissance des sites Mega, Rapid & cie, mais, et avec le recul je trouve ça encore plus flagrant, le passage du torrent au direct download n’a, je pense, qu’aggraver le piratage.
Plus de ratio à respecter, plus de notion de partage en maillon éclaté ; le direct download, c’est juste pomper la source et basta. Effacée, cette certaine solidarité qu’on pouvait trouver sur les trackers. Il m’est arrivée d’être source pour des torrents à l’agonie et ça a quelque chose d’assez émouvant quand vous le voyez renaître. Des gens s’étaient même acheté une dédibox, entre autre pour partager plus.
Bien sûr, le torrent n’est pas mort. J’espère qu’on y viendra plus fréquemment pour des solutions légales - autres que des distrib linux (même si c’est très bien les distrib linux ;)) car, et c’est une noob qui parle, ça permet quand même un débit en download monstrueux quand le flot est fort et ça allégerait nettement les serveurs, je me trompe ?
Et donc, le direct download et le streaming ?
C’est la que commence l’aberration, à mes yeux, de ceux qui paient pour avoir des comptes chez ces pourris profiteurs et ainsi télécharger ou visionner illégalement séries, films, ebooks, logiciels. Preuve en est que certains sont prêts à payer. Je vais peut-être me faire taper sur les doigts, mais ça m’a fait doucement rigoler tous ces abrutis qui étaient vert de rage d’avoir payé un abonnement à vie à MU. C’est beau, hallucinant, cette confiance aveugle. Et si cette fermeture m’a un peu embêtée quand même, j’ai juste eu envie de vomir après avoir lu des kikoos qui se sentaient pousser des ailes une vocation de parangon de la Liberté contre les méchants oppresseurs. Tu parles… Liberté de télécharger plutôt…
Des sites entiers de streaming ne méritent que de finir dans les fosses communes du web : bien souvent, ils sont moches comme tout, avec plein de pubs partout, mal intégrées (même si grâce à AdBlock et NoScript, je n’ai jamais été gênée) et des streams de qualité merdique et des sous-titres moins bons que ceux des bots Google. Oh, je suis dure quand même avec eux ? C’est grâce à eux qu’on peut regarder nos séries américaines préférées ? Si vous les aimez vraiment vos séries, vous les regardez en bonne qualité et puis c’est tout !
Je crache mon fiel mais, ô moi aussi, j’ai été prise de cette frénésie voire boulimie de téléchargement même si en comparaison avec d’autres, je suis une petite joueuse. Quelques films en qualité HD (de films que j’avais déjà ou que je compte acheter), des logiciels que j’ai fini par supprimer pour me tourner vers les versions libres et gratuites pour la plupart, sauf une exception, et beaucoup beaucoup d’OST que je n’arrivais pas à trouver dans le commerce et puis des séries en VO parce que c’était quelque chose d’impossible et parce que les chaînes s’entêtaient à ne pas vous diffuser le tout dans l’ordre ou même la fin… Ou tout bêtement parce qu’elles n’ont jamais été et ne seront jamais diffusées en France…
Le véritable problème a toujours été l’offre [8].
Une offre inexistante
Je veux télécharger légalement Mad Men en qualité HD avec des sous-titres anglais et français et les commentaires de l’équipe, ça n’existe tout bonnement pas. Les DVD ou Blu-ray reviennent d’ailleurs moins cher. Du coup, j’achète les coffrets et en plus je télécharge pour avoir une version numérique parce que c’est plus rapide que de le graver moi même et je n’ai pas l’expertise de certains des fous furieux que j’admire qui encodent et uploadent des gigas et des gigas de contenu.
Je veux me passer de CDs et acheter l’intégral des Pink Floyd en flac. En tapant “Pink Floyd flac”, devinez quoi ? Je ne tombe que sur des liens illégaux. Pareil si je rajoute buy ou acheter. De même pour les livres numériques ou pour les films.
J’ai découvert à Prague de superbes films tchèques qui m’ont donné envie de les acheter. Mais, je ne veux plus m’encombrer de DVDs alors je cherche mais, surprise, rien ! La japanimation, c’est pareil mais après la Nerae, je dois dire que j’ai tout laissé tomber. Tant pis pour moi sans doute, mais jamais, ils n’auront mon argent (à part Dybex et sa bonne initiative avec Full Metal Alchemist Brotherhood et d’autres).
Une offre médiocre et verrouillée.
Je passe sur la qualité douteuse de certains DVDs et CDs. Aucune valeur ajoutée par rapport à du dématérialisé. Et en plus ça se raye… Je l’ai vraiment mauvaise, j’ai perdu des films comme ça. Illisibles !
Le nerf de la guerre, ce sont les DRM et autres verrous. Ils touchent tous les domaines : musique, films, livres numériques, logiciels et jeux vidéos. A chaque fois, ils n’embêtent que les honnêtes acheteurs. Vous achetez et en plus vous êtes punis ! J’ai pas fait d’école de commerce mais c’est pas un argument très vendeur, pas besoin d’y avoir mis les pieds pour le comprendre.
Un exemple récent. J’ai acheté, chez les éditions L’Harmattan, un ebook dont j’avais absolument besoin pour mon mémoire. Je tique un peu sur le prix (à peine moins chère que la version papier) mais tant pis. Je vois que l’ebook est protégé [9] par un DRM Adobe ADE.
Je souligne l’effort de l’Harmattan de signaler la présence de DRM ce qui n’est pas automatique, loin de là… Avant d’acheter, je vérifie donc que ce DRM est compatible avec ma liseuse et comment je suis censée faire en sorte que le tout marche. Rien que ça, je trouve ça aberrant. Je ne devrais pas avoir à faire ça. Je devrais juste pouvoir payer sans arrières pensées et craintes de voir mon ebook être illisible sur ma liseuse et transférer le tout pour me mettre à lire. Tout semble OK. J’achète donc le livre et le télécharge.
Et maintenant, lisons ! Oh… Oups, ça ne marche pas.
J’ai réellement tout fait pour ne pas en arriver à la solution rapide de faire sauter le verrou (ce qui est illégal actuellement [10]). J’y ai mis du mien mais non Adobe Digitals Edition, c’est juste merdique peu accessible à l’utilisateur novice et horriblement peu intuitif.
Résultat ? Deux heures au moins de perdues. Problème résolu en moins de deux en faisant sauter le verrou. Payer pour ne pas être dans l’illégalité ? Perdu ! Try again.
Des frontières artificielles
Je reste sur un exemple tiré de l’édition numérique parce que c’est mon nouveau dada et pour continuer un peu les billets qui précèdent.
Pratchett, mon vieux, tu ne parcourras jamais ces lignes mais pardonne moi. Je sais, je me doute, j’espère que tu n’es pas au courant de l’absurdité de la situation. Courage dans ta lutte contre cette salope d’Alzheimer.
Plantons le décor. J’adore Pratchett et j’admire le travail de traducteur de Patrick Couton [11], dont la VF est excellentissime. J’aime tellement le travail de ces deux messieurs, que j’achète les livres en anglais et en français. Oui oui. Vous avez bien lu. Et apprêtez vous à écarquiller encore plus grand les yeux. J’étais prête à acheter les ebooks en VO et VF manquants mais aussi déjà possédés. Aucune idée de combien d’argent revient à Pratchett et à Patrick Couton, mais je le fais comme marque de respect et d’admiration pour leur travail.
Pas d’ebooks français mais, ô joie, les ebooks anglais existent. Faites chauffer la CB !
Et là. C’est le drame.
“Ce titre n’est pas disponible pour votre pays.” ou encore “This title is available to UK customers only.” “QUOII ?!” ou encore “I beg your pardon ?! [12]” Vous avez tous un jour été confrontés à ce message désagréable : ce contenu n’est pas disponible dans votre aire géographique. Il traduit la méconnaissance abyssale du fonctionnement d’Internet.
Non seulement, on abolit la notion de rareté en pouvant copier à l’infini et sans perte (ce qui est quand même génial !) un fichier mais également la notion d’espace telle qu’elle était conçue puisque n’importe qui peut avoir accès à ce fichier si tant est qu’il est pourvu d’une connexion Internet.
Pour un monde et une économie censés être globalisation, ouverture et interdépendances ; c’est un peu décevant. Et oui, ça nécessite de bouleverser les accords éditoriaux en place depuis des années. Et alors ? C’est pas mon affaire… Qu’ils se débrouillent et ne viennent pas pleurer si les gens “piratent”.
A quand une véritable liberté de circulation des biens numériques ?
Au moins au sein de l’Europe comme première étape. Oh mais c’est pas au programme des États membres qui préfèrent pour certains signer ACTA et, c’est bien dommage, l’Union européenne n’a pas le pouvoir d’instaurer des programmes ambitieux dans le domaine du numérique. On peut toujours rêver, ça ne coûte rien pour l’instant du moins parce que quand même on en enfreint des droits à la propriété intellectuelle quand on rêve.
Nom d’un bachi-bouzouk [13] !
Un deuxième billet « Pourquoi je sors moins souvent mon cache-oeil, mon chapeau et mon sabre [14] » est prévu pour répondre à la question « Pourquoi j’arrête(rai) de “pirater” ? »
Notes
[1] Bien souvent en effet, l’argumentaire anti-pirate utilise un registre moralisateur pour cacher sa préoccupation première, d’ordre économique. Essayer de culpabiliser les gens. N’est-ce pas bas comme méthode ? Et pas très efficace de surcroît.
[2] Spinoza, Nietzsche ; autant de découvertes faites en hypokhâgne avec une excellente prof de philo.
[3] Mininova n’est plus. Le direct download n’est pas évoqué.
[4] J’ai toujours beaucoup aimé le peer to peer et j’exècre le direct download pour des raisons que j’évoquerais plus tard.
[5] Si vous avez déjà pu comparer la version japonaise et française, vous savez qu’il n’y a pas de comparaison possible. L’une est géniale, l’autre est une pure bouse. Et je m’excuse pour les acteurs français mais désolée, c’est vraiment mauvais. Habituée au japonais grâce à mes séjours croates et à Sailor Moon où tout était sous-titré. Faute d’argent sans doute mais j’aime à penser que c’est parce qu’on ne prenait pas les enfants pour des idiots incapables de comprendre autre chose que pipi caca. Je peux le dire maintenant, les personnes concernées ne m’en voudront plus et ne liront peut-être même pas cette note, mais on m’a offert un coffret d’un animé adapté d’un manga que j’aimais beaucoup mais en français. Je n’ai jamais pu aller jusqu’au bout de l’animé.
[6] N’ayant pas les compétences pour fournir une trad, je pensais que la moindre des choses étaient de soutenir les teams de trad et de partager leur boulot. Une maigre contribution. Je repense avec nostalgie à la Nerae qui fournissait un travail colossal et de qualité. C’était de la traduction sérieuse : du japonais au français et pas de l’anglais au français, des explications culturelles, une vidéo de qualité et des belles polices d’écriture, sobres et classes. Et puis, c’était une équipe qui choisissait avec soin les animes qu’elle décidait de traduire. Loin du mainstream et se refusant de faire de la fast trad, je n’ai jamais été déçue par les animes proposés. Et oui, à l’époque, on était patient ou on essayait au moins. Parce qu’on savait que ça vaudrait le coup d’attendre. J’ai l’impression d’être une grand-mère quand je relis mes dernières phrases… Et pour couronner le tout, la Nerae a toujours été réglo et supprimé de son tracker les licences achetées par les distributeurs français, qui, parfois, n’en faisaient finalement rien. Autant d’amour de la part de cette équipe, ce travail bénévole, entièrement désintéressé et motivé par cette envie de faire découvrir un pan méconnu de la culture japonaise ; je n’ai jamais retrouvé un tel équivalent dans le monde de la fansub. (Wahou… cette note de bas de page est diantrement longue !)
[7] Cf. L’avènement des Parti pirates : ça serait se tromper que de se moquer d’eux et les prendre pour des petits rigolos. J’en suis convaincue et l’étais avant les résultats du PiratenPartei. Tous ne sont pas forcément de grands idéalistes mais j’ai envie de croire qu’au fond, ils prônent un bouleversement de notre monde économique. De là à penser qu’ils réussiront, j’en suis moins certaine.
[8] Bien plus que les prix, même si je suis de ceux qui pensent que les prix sont bien souvent prohibitifs par rapport à la qualité des produits. D’où aussi le téléchargement… Non, les gens n’aiment pas être traits ou tondus. Surprise ! Ils reviennent quand on les traite avec respect et qu’on leur propose un bon service. Parce que oui, la majorité des “pirates” ne pense pas que tout lui est due et que le travail n’a pas de valeur.
[9] A nouveau, le lexique utilisé est révélateur. Le produit doit être protégé de l’acheteur que l’on condamne d’avance. Vous ne pouvez être qu’une horrible vermine qui va partager le livre à des milliards de personnes !
[10] Mais je demande pas s’il n’y a pas une tolérance pour des questions d’interopérabilité, à vérifier. Edit du 20/04/12 : C’est bien ce que je pensais, j’ai retrouvé des discussions sur un arrêt de la Cour de Cassation qui tolère qu’on fasse sauter le DRM si non interopérabilité. MAIS j’ai pas trouvé une source officielle et fiable.
[11] Traducteur, mais aussi musicien ; c’est également un monsieur qui prend le temps de répondre gentiment et avec modestie aux emails qu’on lui envoie pour lui dire que son travail est hors pair.
[12] Un WTF serait ici culturellement inapproprié. Mais c’est l’idée ! J’ai ensuite découvert qu’ils étaient disponibles sur le store Kobo mais au prix des éditions papiers et avec des DRM Adobe… Mais ça, ça va. Pas deux fois merci ! Pas de Pratchett en ebook pour moi. Tant pis. DRM ? PLUS JAMAIS !
[13] Vous pensez que je dois payer l’ayant-droit de Hergé parce que je me suis inspirée de son œuvre ? ;)
[14] Et non, ce n’est pas parce que je suis ridicule dans cet accoutrement ;p
1 De mimylasouris -
Par flemme et par hérédité peut-être (on est fille de juriste ou on ne l’est pas), je ne pirate pas*, mais je soutiens totalement cette pratique. J’ai pris conscience du côté éthique avec Palpatine : il a chez lui des tours entières de CD ou DVD gravés, mais aussi un bon nombre qu’il a achetés et qui sont toujours sous cellophane, soit qu’il n’ait pas eu le temps de les regarder, certes, soit… qu’il les ait déjà vus. Il y a l’idée d’une “bibliothèque/DVDthèque” idéale mais aussi le respect du réalisateur/compositeur/interprète : il met ainsi la main au portemonnaie chaque fois que le prix n’est pas exorbitant, sans même être certain de les revisionner un jour.
Sans même chercher à justifier moralement l’acte de l’utilisateur, il y a le simple fait que plus on écoute/lit/regarde, plus on fait de découvertes et plus on a d’envies d’achat. Mais cette espèce de boulimie exponentielle, y’a pas grand monde dans les industries culturelles pour la considérer sérieusement deux minutes. C’est assez amusant d’ailleurs qu’on parle à l’identique et au même moment d’Amazon et d’Apple. Eux donnent effectivement envie d’être consommateur : avoir un service simple et efficace sans être dans l’illégalité, c’est tout de même mieux.
2 De Llu -
Et bien tu vois, je comprends l’argument flemme et c’est drôle parce que c’est bien souvent l’argument qu’il m’arrive d’utiliser pour expliquer pourquoi je télécharge.
C’est plus rapide de télécharger illégalement que de trouver où acheter. C’est un GROS aveu d’échec des plateformes payantes que de ne pas être correctement référencées par les moteurs de recherche…
Je fais pareil que Palpatine - dans une moindre mesure parce que je n’ai pas encore un gros budget à allouer même si j’aimerai beaucoup.
Exact pour Apple et Amazon, franchement, je ne télécharge pas illégalement parce que je suis une rebelle qui défie l’ordre et l’autorité de la loi. Ça m’embête de ne pas rémunérer le travail de l’artiste et de tous ceux qui participent à la production de la musique, du film ou du livre que je télécharge.
Apple (j’y achète pas grand chose en terme de contenu) et surtout Amazon me facilitent tellement la vie, moi banlieusarde qui n’ait pas toujours le temps d’aller dans les librairies spécialistes à Paris.
Sans parler du service client Amazon qui est quand même tout bonnement génial, l’offre des livres proposés est énorme.
Tu touches un autre problème et je l’ai pas évoqué du tout dans mon coup de gueule - et pourtant, ça m’énerve tellement - , les droits d’auteur prolongés de façon assez aberrante.
3 De La Dame -
Tout marché répond aux lois de l’offre et de la demande. Celui qui offre tentant en général de satisfaire les demandes des consommateurs, mais créant aussi la demande par le biais de produits destinés à générer l’appétence du public. Ainsi fonctionne le commerce (et souvent aussi la science, l’art, bref… la créativité, quoi…).
Or, tous ces produits mis sur le marché sont normalement payant. Si le consommateurs veut le tester, il est bien souvent obligé de mettre de sa poche : payer sa place de ciné, louer le dvd, acheter l’album ou la place de concert, ceci étant extensible au téléchargement légal.
En quelque sorte, dans ce système “à l’ancienne”, le dominant est le vendeur, puisqu’il est le seul qui gagne à tout les coups (il touche l’argent dépensé par le client qui peut toujours être déçu du produit acheté).
Le basculement créé par le partage sur le Web modifie totalement la donne, et ce au-delà des principes économiques de base. Parce que cela modifie en profondeur le rapport de force entre producteur et consommateur, ce dernier devenant le dominant et principal bénéficiaire de ce nouveau système. Et ça, pour l’ancien dominant, c’est toujours dur à avaler, puisqu’il perd la maîtrise du système.
Avec des contenus librement accessibles, l’internaute peut piocher, tester, faire son curieux. Tiens, cette série a l’air sympa. J’en télécharge la saison 1 et finalement, bof, ça me plait pas. Je n’ai pas déboursé un centime dans l’opération (sauf mon abonnement ADSL). Par contre, les gens qui l’ont produite, oui. Moi, l’internaute, suis donc gagnant dans l’affaire.
Autre cas, plus pervers peut-être : je suis depuis des années “How I Met Your Mother” et “The Big Bang Theory”. Illégalement, bien entendu. Je les apprécie pour ce qu’elles sont, des petites bulles sympathiques pas toujours de qualité, mais qui me font souvent passer 20 agréables minutes à ne penser à rien qu’aux bêtises des personnages. Jamais au grand jamais je n’achèterai de coffrets de ces séries. Parce que je les apprécie gratuitement, mais que je ne payerais certainement pas pour cela. Si je devais le faire alors j’arrêterais de les regarder. Tout simplement.
L’internaute est maintenant maître du jeu, et il gagne en plus sur tous les tableaux : il économise son argent et il enrichi sa culture puisqu’il a accès à tout ce qu’il veut ou presque. C’est juste un système merveilleux, et je suis la première à m’en réjouir et à en profiter.
A noter que celui qui crée et produit n’est pas totalement perdant, puisqu’il gagne quoi qu’il en soit en audience. Seulement, il n’en touche pas vraiment les bénéfices, puisque son succès est immatériel. Qui pourrait me dire combien de personnes dans le monde suivent “How I met Your Mother” ? Je suis sûre que ça dépasse largement les scores de “Friends” à la grande époque. Mais c’est impossible à quantifier.
Je comprends bien la frustration des producteurs, auteurs, acteurs, j’en passe, qui travaillent et surtout vivent de ces produits culturels. Et qui non seulement ont perdu le pouvoir dans leurs échanges avec les consommateurs, mais voient leur système s’effondrer à vitesse grand V.
Là où par contre, ça m’agace un tantinet, c’est de voir ces mêmes personnes incapables de justement faire face à la réalité : c’est terminé les gens, faut passer à autre chose. Le modèle économique de la culture a changé, sans et malgré vous. Aujourd’hui, je télécharge. Si j’aime vraiment, j’achète. Sinon, ben j’aurais tout de même profité du contenu. Aujourd’hui, je préfère dépenser mon argent dans un concert ou un festival que d’acheter 10 albums par an. Parce que le live c’est mieux (il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur l’importance prise par les grands évènements communautaires et la sociabilité virtuelle) et que j’ai tout de même l’impression d’y mieux investir mon argent.
Aujourd’hui, quand tu as une famille et que tu veux aller au ciné, tu peux télécharger le film que tu comptes aller voir et te faire une idée : est-ce-que ça vaut bien le coup de dépenser tant sur ce film ? (vu le prix des places aujourd’hui, avec la majoration 3D en plus, ce genre de comportement ne peut être taxé de malhonnêteté : c’est du bon sens).
Au passage, il est étonnant de constater que plus le téléchargement illégal augmente, plus les gens vont au cinéma. Aux derniers Césars, le président de la cérémonie, Guillaume Canet, nous a fait une vraie comédie sur le mââââl que faisait le piratage à cette pauvre industrie du cinéma qui était menacée dans sa créativite par de gros irresponsables comme vous et moi. Le lundi suivant étaient publiés les chiffres de l’année écoulée sur la fréquentation des salles françaises (fréquentation, pas recette. Sinon c’est trop facile avec la majoration 3D) : meilleure année de tous les temps, ou presque. Enfin meileure année depuis l’invention de l’ADSL… Tous les ans, c’est pareil. Et la crise n’a même pas ralenti cette croissance exponentielle.
Le téléchargement ne semble pas impacter si atrocement que cela les industries culturelles. Même l’industrie du disque, qui est plus ou moins en crise, c’est vrai, s’en sort plutôt bien, se rattrapant entre autres sur les concerts, les éditions collectors d’albums (parce que le bel objet avec lequel tu en as pour ton argent, bizarrement, tu as moins de scrupules à l’acheter. C’est fou, quand même), et (wait for it…) les ventes de titres en ligne qui permettent aux internautes d’acheter les morceaux qui leur plaisent vraiment (ce pour un prix carrément excessif pour du dématérialisé, mais on va faire semblant de ne pas être un peu choqués).
Maintenant, se serait sympa de s’adapter. De nous pondre une jolie licence globale qui ne réglerait évidemment pas tout, mais permettrait de réconcilier les deux partis pour en arriver à du gagnant-gagnant ou du moins un semblant d’équilibre. On peut rêver.
4 De Melendili -
J’ai trouvé ton article très intéressant pour une néophyte du téléchargement comme moi, surtout la partie concernant la philosophie du peer to peer & du torrent, que je ne pratique pas, par méconnaissance. Le streaming et le direct download que tu critiques ont l’avantage aussi d’être fort simples à utiliser, plus simple de mon point de vue que le torrent, qui m’effraie un peu. Cela correspond aussi à une demande, celle des nuls qui veulent aussi voir le dernier show HBO et ne vont pas attendre qu’il passe dans une VF horrible dans cinq ans sur une chaîne câblée payante, et se satisferont de sous-titres parfois mal orthographiés, (mais faits avec amour par certaines teams), parce que pour l’instant ils ne savent pas comment faire autrement :)
5 De Llu -
Le problème du torrent, c’est qu’il est plus facile de se faire repérer, surtout lorsqu’on upload. Avec sans doute des moyens de contournement mais je ne m’y suis pas réellement penchée.
Mais, il suffit d’un client et hop on clique sur un lien qui est ouvert par ce logiciel. Il n’y a pas ou peu de choses à configurer pour que ça marche. C’est vraiment presque aussi simple que le direct download (parce qu’il faut les trouver les liens…) ou le streaming. Il y a l’étape du client en plus et surtout ben ça prend parfois du temps s’il n’y a pas assez de source.
Je ne critique pas en soi le direct download et le streaming (ce sont des technologies et elles sont neutres à la base) et surtout pas ses utilisateurs. On est dans le même bateau, moi aussi je me débrouille comme je peux pour voir les derniers Mad Men ou Game of Thrones.
Ce qui m’énerve, c’est ce glissement entre plaisir de partager gratuitement et la monétisation de ce dernier ensuite. Argent qui n’est même pas réellement allé dans les poches de ceux qui fournissent le boulot (encodage, upload ou encore sous-titrage) mais dans celles des hébergeurs qui ont basé toute leur économie ou presque sur le piratage.
D’aucuns diront qu’ils ont trouvé le filon et tant mieux pour eux. Moi ça me révolte tout bonnement parce que, sans doute, j’ai une vision assez idéaliste du partage illégal. En plus, il me semble tout bonnement aberrant de payer pour un service illégal.
On peut arguer que personne n’était obligé de payer pour télécharger, c’est vrai. Mais par rapport à l’esprit torrent, on passe du c’est celui qui ne partage rien/télécharge trop (et encore ce n’est vrai que sur certains trackeurs qui jetaient les leechers) qui est puni à celui qui ne paie pas a un débit/accès limité.
L’accès pour tous, mais d’abord à ceux qui paient. Je ne peux pas adhérer.
Évidemment, les sites de streaming correspondent à une demande et j’y passe de temps en temps. Reste que la qualité est très loin d’être satisfaisante, les sous-titres mal orthographiés passent encore mais les fast-trads Google et cie beaucoup moins. Ces teams là ne savent pas ce qu’elles font et déforment la série qu’elles sont supposées aimer.
Mais là on touche à un autre problème.
J’ai ce vilain défaut d’être exigeante, peut-être trop, et je serai prête à attendre une semaine ou deux sur la diffusion américaine (en comparaison des 5, c’est pas grand chose ^^) pour avoir des sous-titres de bonne qualité mais je sais que c’est loin d’être le cas pour tout le monde.
Les sites de streaming ont le mérite d’exister et de profiter du fait qu’il y ait un gros manque d’offre pour proposer de la piètre qualité. Néanmoins, beaucoup sont les sites qui me semblent plus attirer par le gain que par le partage. Les pratiques qui obligent à cliquer sur des pubs avant d’avoir accès à une vidéo me révoltent. Autant je suis prête à faire des dons pour un bon travail mais qu’on m’impose des pubs - bien souvent dégueulasses… Hors de question.
Les admins de ces sites peuvent dire ce qu’ils veulent, leur travail est loin d’être si lourd. Faire un site moche et intégrer plein de pubs, c’est vraiment à la portée de tout le monde. Même des plus “nuls” s’ils s’y intéressaient.