J’aime observer et écouter les gens que je croise malgré la réputation d’asociale misanthrope [1] qui me colle à la peau tout à fait injustement et cette tendance s’est accentuée depuis que je fais de la photographie un tout petit peu plus sérieusement.
D’ailleurs les photos où l’humain est présent directement ou indirectement comptent parmi mes préférées, et pourtant… Quand il faut passer à la pratique, je bloque et je n’ose pas.
Ma timidité n’aide pas, je n’aime pas sentir le regard des autres sur moi lorsque je sors mon appareil photo. Une seule solution, le visser à l’œil le plus rapidement possible pour se protéger des regards perçus comme hostiles.
Mais la encore, j’ai des scrupules… Est-ce que j’ai le droit de capturer ces moments là ? Pour reprendre Ronis, où se situe la limite entre photographie et voyeurisme ?
Bizarrement, j’ai beaucoup moins de mal à prendre quelqu’un lorsque je ne croise pas son regard et lorsque la personne ne peut pas être reconnue sur la photo. Une piste à creuser ?
Demander la permission ? Ça serait encore pire car je deviens incapable… J’ai peur de déranger, de faire perdre du temps, je me dépêche, me précipite et rate.
Une seule solution : apprendre à devenir invisible ou à défaut vaincre progressivement cette timidité.

Je mettrais à jour au fur et à mesure mes essais de photographies avec des gens dessus. Pour l’instant, comme vous pouvez le constater, c’est très peu fourni. Je dois progresser alors n’hésiter pas à pointer les défauts :)
Note
[1] Mais voyons, je suis seulement une grande timide et une “mélomane” qui a en horreur ceux qui ont la bonté de nous faire partager ce qu’ils osent appeler musique !
1 De Laurence -
Bonjour !
j’aime beaucoup la photo en contre-jour avec tous ces effets de flare que je trouve vraiment esthétiques. Evidemment, c’est une photo qui doit être regardée de loin car la silhouette est vraiment très peu identifiable. Mais il en ressort une ambiance vraiment jolie et poétique.
Sinon, aaah, photographier les gens, effectivement, c’est très difficile. Je crois que nous sommes tous très timides et que nous ne voulons pour rien au monde nous faire trop remarquer, nous ne voulons pas heurter les gens, nous ne voulons pas faire du voyeurisme, … J’étais comme toi à mes débuts et je dois dire que l’expérience m’a montrée que finalement, les gens sont très très gentils. Lorsqu’il m’arrive d’en photographier à leur insu, il n’y a aucun problème. par contre, lorsque j’en photographie et qu’ils s’en rendent compte, il suffit souvent (je dirais même toujours) de leur faire un grand sourire et de leur faire un signe de tête . S’ils ont l’air curieux, rien n’est plus simple finalement de s’approcher d’eux et de leur expliquer pourquoi on a pris cette photo. J’estime qu’on leur doit notre sincérité, et c’est une façon aussi d’être bienveillante à leur égard.
Alors la prochaine fois, essaye, tu verras, ce n’est pas difficile du tout ! D’autant que je crois que nous, les filles, sommes quand même privilégiée par rapport aux garçons de ce point de vue …
2 De jacques philippe -
Je pense qu’il faut assumer un certain voyeurisme. Il n’y a pas de mal à vouloir “voir”, c’est même la base du geste photographique. D’ailleurs une bonne approche consiste à d’abord simplement regarder ce qui se passe, sans appareil photo. Apprendre à identifier ce qui est interessant. En soi ça n’a rien d’évident d’ailleurs. Ensuite, franchir le pas de prendre la photo devient très facile, car c’est simplement un geste technique.
Ce qui à priori met mal à l’aise, c’est regarder, “voir”, plus que de prendre la photo (sauf quelques situations particulières et sujets particuliers, comme par notamment les enfants). Mais il faut assumer cela, ou bien laisser tomber…
Après c’est aussi une question d’approche personelle, où se situe l’interêt photographique. En ce qui me concerne quand je photographie dans la rue, c’est le plus souvent une relation, une cohérence globale des éléments à l’interieur du cadre qui m’interesse et à laquelle je réponds, pas forcement une personne en particulier (même si parfois le sujet humain est très proche de mon objectif). Du coup je n’ai pas le sentiment d’être intrusif, pas plus que pour une photo de paysage.
3 De jacques philippe -
… sinon à propos des photos la 2e n’est pas trop mon truc mais la 1ere ‘essai enfant’ est plutôt bien, très bien même. Le seul truc génant est que l’on sent que tu hésites à placer l’enfant dans la composition par ailleurs très reussie. Peut-être est-ce l’effet de l’inhibition que tu évoques et qui provoque un cadrage quelque peu fuyant. Il faut te dire que si tu avais centré un poil plus l’enfant cela n’aurait sans doute pas changé grand chose vis à vis d’éventuels “témoins”.
Il faut toujours cadrer avec ‘autorité’, quel que soit la forme recherchée (On peur cadrer de travers avec autorité, comme Winogrand ou Robert Franck). Hmmm, plus facile à dire qu’à faire…
4 De spiruline -
Je viens mettre mon grain de sel dans cette conversation qui m’intéresse beaucoup. J’ai eu les mêmes réticences que toi il n’y a pas si longtemps. Photographier les gens n’est pas si simple par chez nous, certains sont même carrément hostiles. En vacances à l’étranger cet été, je me suis sentie plus libre de le faire. Bon il faut dire que les Balinais sont vraiment adorables et peu farouches. Mais j’ai recouru à une tactique qui fonctionne assez bien sous nos latitudes aussi. Lorsque la personne remarque que je la photographie, je m’approche en souriant et lui montre l’image. Comme souvent elle n’est pas reconnaissable (de dos, de loin ou simple détail), il n’y a pas de problème. Cela dit, j’aime beaucoup ta première photo, même si personnellement j’aurais décalé le cadre sur la gauche pour centrer un peu plus l’enfant. En outre, la partie droite de l’image n’apporte pas grand chose. La seconde me parle moins même si elle est très esthétique, l’humain n’est pas vraiment reconnaissable… J’attends la suite avec grand intérêt!
5 De Llu -
Tout d’abord merci beaucoup pour vos retours, ça fait me plaisir :)
@ Laurence
Pour l’instant, je n’ai pas eu de réaction hostile (ou je n’ai rien vu), c’est vraiment dans ma tête que ça se passe. Je suis aussi intimidée quand il s’agit de prendre un monument, une fleur dès que je sens le regard des autres… Je crois que le passage au reflex n’a pas aidé, tout le monde me regarde avec des yeux ronds quand je le sors (c’est de moins en moins fréquent, et tant mieux).
Contente que tu apprécies la deuxième photo. Pour tout dire, je faisais tout bonnement des tests de flare en contrejour avec mon objectif et l’enfant est venu s’interposer entre la mer et moi.
D’où le côté peu identifiable de la silhouette (si j’avais eu un meilleur réflexe, j’aurai de suite changer mes réglages pour avoir la silhouette moins flou, mais je ne l’ai pas eu ce réflexe…) et ce rendu qui personnellement me rappelle le monde tel que je le vois sans mes lunettes/lentilles, ce pourquoi en partie je ne l’ai pas supprimé immédiatement et aussi parce que comme toi je trouvais l’image poétique.
@ jacques philippe
je pense que je penche vers ton approche de la photo, je m’intéresse moins à l’humain en tant que personne qu’en tant qu’élément dans ma photo.
Mais je dois dire que parfois, certaines personnes ont un physique si particulier ou une expression telle, que je ne peux m’empêcher d’être attirée.
Et pour le coup, la j’ai pas mal de scrupules, mais j’ai remarqué qu’ils s’envolent peu à peu pour m’être promenée à Paris et avoir mis en pratique vos conseils :)
Par contre, il reste beaucoup de boulot pour apprendre à “voir” mais je compte bien aiguiser mon regard.
Pour le cadrage, ça vient en effet de cet effet d’inhibition double : je n’aime pas être vue en train de photographier, en plus j’étais avec une amie et du coup, je me suis dépêché pour prendre une photo pour ne pas la faire attendre. Doublement stupide puisque l’amie en question fait de la photo et aurait très bien compris…, bref peu importe. Et j’avais en face de moi un enfant et je me suis demandée si c’était bien de le prendre en photo. C’est terrible comme la société peut nous influencer !
Je vais essayer de me souvenir de cette leçon (et avant, aller jeter un coup d’œil pour savoir qui sont ces gens dont tu parles :)).
@ spiruline
Tu es toujours la bienvenue ;)
C’est drôle, c’est aussi en vacances que je me suis sentie libérée d’un poids et que je me suis (é)lancée.
Prendre en photo des personnes dans un cadre autre que celui de tous les jours m’a pas mal aidé, pourquoi par contre je ne sais pas.
Pour le cadrage, j’ai répondu un peu plus haut. C’est une photo prise un peu à la hâte, même si pensée en carré (c’est vraiment très dur je trouve quand l’appareil ne propose pas de cadrer en carré directement) et là pour le coup, aucun recadrage ne pouvait m’aider à centrer l’enfant :(
Le deuxième essai tout aussi rapide sur le même enfant est aussi un peu décentré, j’avais compté sur les quelques centimètres que rajoute le 450D par rapport à ce que l’on voit dans le viseur, mais ça n’a pas suffit. Et l’enfant n’était déjà plus là.
La suite… alors là. Je suis très irrégulière. Et je marche par cycle j’ai l’impression. J’ai eu des moments sans photo l’an dernier qui j’espère ne se reproduiront pas.
Tiens, j’ai une question subsidiaire qui ne mérite peut-être pas un billet, mais je suis curieuse.
Vous êtes seul(e)s quand vous photographiez ? Ou ça vous arrive d’être accompagné(e)s ? Et dans ce cas, qu’est-ce que cela change ?
Pfiuu ça y est, fini ! Ça m’apprendra à ne pas répondre tout de suite à chacun d’entre vous.
6 De jacques philippe -
J’ai quelques photos que j’aime bien prises alors que je me balladais en famille. Mais je préfère être seul. D’abord parce que je vais où je veux, et parce que je prends beaucoup plus de plaisir à la photo quand je suis seul. Sinon c’est un peu égoiste. Et puis quand on est seul on peut anticiper, ce qui est plus difficile quand on est accompagné. L’état d’esprit est différent, on est moins disponible.
Personellement (et photo ou pas photo) j’ai toujours aimé me ballader seul en ville, je trouve ça relaxant. Cartier-Bresson avait cette faculté à prendre des photos en pleine conversation, sans que la personne qui l’accompagne s’en aperçoive. C’est le cas de sa photo célèbre où on voit des enfants étendus et assis dans un village de haute-provence.
7 De spiruline -
Mon conjoint a une patience d’ange et s’intéresse à la photo. C’est même souvent lui qui attire mon attention sur certaines scènes. Avec lui, je n’ai donc pas de problème pour prendre des photos. Mais je dois quand même reconnaître que je me sens plus libre et prends davantage mon temps lorsque je suis seule. Avec d’autres personnes, je suis plus crispée et bâcle un peu la prise de vue par crainte de les faire attendre et de les irriter avec ma manie de toujours m’arrêter et de me contorsionner!
8 De Lluciole -
Je me demande comment Cartier-Bresson réussissait ce tour de force.
Comme vous je préfère être seule pour la photo et les balades (même si c’est pô bien selon ma môman), je me sens en effet plus attentive et disponible.
Mais j’aimerai bien tenter l’expérience d’aller faire des photos avec d’autres passionnés de photos également, ça peut être enrichissant je pense.
Et spiruline, tu en as de la chance ! J’essaye en vain d’intéresser mon copain à la photo…
9 De jacques philippe -
Just pour info:
[http://fr.news.yahoo.com/63/20100922/tod-il-photographie-des-enfants-et-se-fa-366b5ef.html]
10 De Lluciole -
…
Les gens sont effrayants !
11 De Zipanu -
Ca ne doit pas être facile.
Et puis il ne faut pas l’autorisation des personnes avant tout ?
12 De Lluciole -
Et bien techniquement je crois que oui, mais je n’en suis pas certaine.
Certains photographes préparent une feuille à faire signer par la personne, d’autres proposent souvent de retirer l’image de leur site si la personne se manifeste.
13 De Marie -
aaah, pas facile, en effet, pour moi non plus, de prendre des gens… Perso, je le fais seulement quand les gens sont loin, silhouettes, ou ombres.
En tout cas, les deux photos que tu nous montres là sont belles.
14 De Llu -
Ton commentaire est très gentil et m’a fait très plaisir.
Merci ! :)